Le 7ème continent, ou l’Atlantide de plastique


Consommation / lundi, mars 2nd, 2020

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La légende de l’Atlantide est bien réelle ! Oui vous avez bien lu, le mythe de l’Atlantide est aujourd’hui réalité, nous pouvons enfin le prouver. Cependant, et ce n’est qu’un détail, il ne ressemble pas vraiment à ce qu’a décrit Platon 2400 ans auparavant. Non, notre Atlantide à nous est plutôt faite de sac plastique, de filet de pêches ou encore de l’emballage de votre paquet de gruyère acheté 2 ans plus tôt.
Alors oui, aujourd’hui le super écolo va parler de notre surconsommation de plastique et de son impact considérable sur la planète. Mais aussi de que ce que nous devons faire pour ne pas connaître le même sort que les atlantes, subir la colère de mère nature et disparaître pour l’éternité.

Un brin dramatique comme introduction je l’admets, mais nécessaire pour capter votre attention. Alors non, rassurez-vous, le plastique ne nous tuera pas comme Zeus l’a fait pour les atlantes… Ou du moins pour le moment. Récemment l’OMS s’est voulue rassurante sur les effets du plastique sur la santé. Selon l’organisation mondiale de la santé, les informations limitées qu’elle possède semble indiquer que les niveaux actuels de plastique dans l’environnement ne sont pas dangereux pour les humains.

Problème de santé & contamination

MAIS, car il existe un mais, il est urgent selon l’OMS de mener des recherches approfondies sur le phénomène. A ce jour, nous ne possédons que trop peu de données pour s’assurer à 100% de la non-dangerosité des micros plastiques dans l’environnement (OMS, 2019). Ainsi, malgré le manque de preuve d’un quelconque effet indésirable, l’OMS appelle à réduire la pollution liée au plastique afin de protéger l’environnement et l’exposition humaine.

Il est en effet alarmant de retrouver du plastique dans l’eau que nous buvons (OMS, 2019). Bien que pour le moment nous ne pouvons affirmer que sa présence nous soit préjudiciable. Cette présence se retrouve bien évidemment aussi dans les produits de la mer, il n’y a qu’à voir les estomacs des poissons remplis de plastiques.

Cependant, les microplastiques pourraient aussi finir par se retrouver dans nos champs. En effet, cela est d’autant plus probable que la présence de microplastique dans les nuages et pluies a été mise en évidence récemment par des chercheurs (Vey, 2019). Ainsi, leurs présences impliquent que ces derniers sont potentiellement propagés tout autour de la planète. Il pleut désormais du plastique dans nos champs et jardin et ce même au fin fond des Pyrénées loin de toutes activités humaine (Vey, 2019).

Enfin, voici quelques chiffres pour quantifier notre exposition aux emballages issus de la pétrochimie. L’ingestion de plastique par les humains a récemment été prouvé par une étude faite en Australie. En effet un humain moyen ingère autour de 5 grammes de plastique par semaine (WWF et al., 2019). Cela peut paraître ridiculement petit, mais c’est comme si vous mangiez un peu plus de 8 bouteilles de plastiques par an. Je présume que c’est quelque chose dont vous vous passerez volontiers.

Et la vie marine dans tout ça ?

Les conséquences pour les espèces aquatiques sont désastreuses. Les moules sont remplies de micro particules, les baleines débordent de plastique, les tortues s’étouffent… On ne compte plus les catastrophes que génère la pollution au plastique (Gosalbes, 2014). Les oiseaux non plus ne sont pas épargnés, ils confondent les détritus avec de petits poissons (Ndelec, 2018). Et lorsque ces derniers visent juste, ils tombent sur un estomac de sardine rempli de plastiques… Toute la chaîne alimentaire en est impactée… Et vous savez quoi ? Qui se trouve en haut de la chaîne alimentaire et récolte tout ça par la suite ? Les hommes, en polluant les océans, en étouffant la vie marine, nous nous étouffons nous-mêmes.

Un nouveau continent appelé plastique

Un nouveau, ou devrais-je dire, des nouveaux. Car oui ils sont au moins 5 autour du monde :
Un gigantesque, grand comme 3 fois la France, en plein milieu du Pacifique (France info, 2018). Un second dans le sud du Pacifique. Deux autres dans l’Atlantique, proche des côtes brésiliennes et nord-américaine. Et enfin un dernier au sud de l’océan Indien non loin de l’Australie.

Ces nouvelles mers de plastiques concentrent des milliers de tonnes de plastique. Par exemple le plus grand d’entre eux représente à lui seul 80 000 tonnes de matière plastique. Il est situé au plein milieu du Pacifique et est grand comme 3 fois la France ! Si ce dernier était un pays, il serait le 14ème plus grand du monde.

Autre caractéristique, et problème propre aux continents de plastiques. Ces derniers sont en réalités plus proche d’être des soupes de plastiques. En effet, l’immense majorité des morceaux de plastiques dans l’océan sont en fait des microplastiques mesurant moins de 5 millimètres.  De ce fait, ces bouts de plastiques ne flottent pas et plongent à quelques dizaines de mètre de la surface.

Mais d’où vient ce plastique

Mais oui d’où vient-il ? Serait-il possible de trouver la source de notre problème ? Eh bien oui. Bien que la source de notre problème soit notre surconsommation de plastique, il existe plusieurs grandes sources:

La première est emputable aux pécheurs et au transporteurs maritimes. En effet, ces derniers par mégarde, usure ou manque de conscience écologique, laisse derrière eux des déchets plastiques dans les mers autour du globe. 

La seconde source des déchets plastiques provient des plages où un nombre assez important de déchet y est laissé chaque année. 

Mais finalement, il s’avère que les rivières et fleuves charrient la plus grande partie de ces déchets plastiques. En effet, 91% des déchets plastiques proviennent des cours d’eau (Lebreton & Andrady, 2019). Et il intéréssant de noter qu’entre 88 et 94% du plastique charrier par les fleuves dans l’océan provient de 10 fleuves uniquement (Schmidt et al., 2017).

Cela signifie qu’en nettoyant et contrôlant les déchets plastiques de ces 10 cours d’eau nous pourrions réduire de manière conséquente nos rejets plastiques dans l’océan.

Une fois emprisonné dans ces fleuves, les déchets sont alors déversés dans l’océan. Entrainés par les courants marins, ces derniers se regroupent en îlots de plastique en plein milieu de ces étendues d’eau.

Une production grandissante de plastique

Cependant, si les rejets de plastiques proviennent en grande partie de 10 fleuves, leur vraie source est notre grandissante consommation d’emballage.  En effet, en 2015 nous étions à 322 millions de tonnes plastiques produites dans le monde. Nous étions à 348 en 2017 (Production mondiale de matières plastiques 2002-2017, 2019). Et finalement le niveau de production de plastique en 2019 serait, selon des estimations, autour de 380 millions de tonnes. C’est énorme !

De plus, quand on sait que dans un pays développé comme la France uniquement 26,5% des plastiques sont recyclés (Charlet, 2019), on vous laisse imaginer ce qu’il peut se passer dans les pays en voie de développement.

Ocean clean up une solution miracle ?

La meilleure réponse jusqu’à présent

Bien que le projet Ocean Clean up ressemble un peu aux danaïdes condamnées à remplir d’eau un tonneau troué, c’est un superbe début de réponse. En effet, l’organisation néerlandaise s’est fixée comme objectif de nettoyer les océans du monde à l’aide de barrières flottantes. Le système pensé par Boyann Slat devrait pouvoir, selon lui, nettoyer les océans de 90% de leurs déchets plastiques d’ici 2040 !

Et ce n’est pas fini ! Car oui, depuis sa première tentative mitigée dans le pacifique nord, l’organisation néerlandaise regarde les cours d’eau. Dorénavant, et ce depuis quelques mois l’organisation nettoie les fleuves asiatiques de Malaisie, d’Indonésie et bientôt d’Amérique en République Dominicaine.

Magistrale ! Nous sommes sauvés ! Pas si vite Jean Pierre… Bien que génialissime, son idée a besoin d’être combinée avec de nombreuses actions. Un exemple d’actions ? Tient par exemple… Pourquoi ne pas faire prendre conscience aux citoyens que, non, acheter des fruits empaquetés de plastique ce n’est pas anodin. Ou sinon, pourquoi ne pas accélérer le passage du plastique aux matières compostables et commencer à prioriser l’environnement au profit ? Enfin, il serait intéressant de pouvoir accentuer la pression sur les entreprises pour qu’elles réduisent drastiquement leurs besoins en plastiques.

Limites du projet

Des limites Jean-Pierre, malheureusement il y en a. En effet, même si nous stoppions de déverser nos plastiques dans l’océan dès demain, Ocean clean up ne pourrait tout nettoyer. En effet, le projet néerlandais n’est aujourd’hui pas en mesure de récolter les déchets plastiques de moins d’un centimètre. Problème, ces derniers représentent la majeure partie de nos débris marins…

Conclusion

Pour cela nous nécessitons de l’aide, nous avons besoins d’investir dans des projets récoltant ces débris. Ce pourrait être la culture de bactérie mangeuses de plastiques, ou de nouveaux filtreurs pour Ocean Clean up. Mais en tout cas, il est important d’avancer dans cette direction et continuer de lutter pour une planète plus propre. De supprimer le plastique autour de nous, de le recycler si nous ne pouvons pas le supprimer (voir comment bien trier le plastique). Mais surtout de ne pas le jeter dans la nature.

PS : si vous souhaitez aider Ocean Clean up dans leur quête, ça se passe ici !

En espérant que vous ayez apprécié l’article quelque peu engagé. La prochaine fois nous parlerons de l’exportation des déchets plastiques et de l’impact que cela génère. (Et non les pays asiatiques ne sont pas vraiment responsables du plastique dans leurs fleuves). Je vous dis à la prochaine fois, et comme d’habitude, n’hésitez pas à commenter afin d’enrichir l’article.

Sources:

Le Monde, Camille Gaubert. (2018, mars 15). L’eau en bouteille deux fois plus contaminée par des particules de plastique qu’au robinet. Sciences et Avenir. https://www.sciencesetavenir.fr/sante/l-eau-en-bouteille-deux-fois-plus-contaminee-par-des-particules-de-plastique-qu-au-robinet_122059

Charlet, F. (2019, juillet 29). Les chiffres du recyclage en France. CITEO. https://bo.citeo.com/graphql

France info. (2018, mars 30). Le « continent de plastique » continue de grandir (et c’est pire que ce que l’on pensait). Franceinfo. https://www.francetvinfo.fr/sante/environnement-et-sante/le-continent-de-plastique-continue-de-grandir_2681918.html

Gosalbes, G. (2014, octobre 21). Les déchets plastiques tuent 1,5 million d’animaux par an. Le Figaro.fr. https://www.lefigaro.fr/sciences/2014/10/21/01008-20141021ARTFIG00208-les-dechets-plastiques-tuent-15-million-d-animaux-par-an.php

Ndelec, G. (2018, juin 5). Cinq chiffres alarmants sur la pollution plastique dans le monde. Les Echos. https://www.lesechos.fr/2018/06/cinq-chiffres-alarmants-sur-la-pollution-plastique-dans-le-monde-991847

OMS. (2019, août 22). L’OMS appelle à renforcer la recherche sur les microplastiques et à prendre des mesures énergiques contre la pollution par le plastique. OMS. https://www.who.int/fr/news-room/detail/22-08-2019-who-calls-for-more-research-into-microplastics-and-a-crackdown-on-plastic-pollution

Production mondiale de matières plastiques 2002-2017. (2019). Statista. https://fr-statista-com.audenciagroup.idm.oclc.org/statistiques/615687/fabrication-de-plastique-dans-le-monde/

Schmidt, C., Krauth, T., & Wagner, S. (2017). Export of Plastic Debris by Rivers into the Sea. Environmental Science & Technology, 51(21), 12246‑12253. https://doi.org/10.1021/acs.est.7b02368

Vey, T. (2019, avril 23). Même au fin fond des Pyrénées, il pleut du plastique. Le Figaro.fr. https://www.lefigaro.fr/sciences/meme-dans-les-pyrenees-il-pleut-des-particules-de-plastique-20190423

WWF, de Wit, W., & Bigaud, N. (2019). DE LA NATURE AUX HUMAINS : JUSQU’OU IRONT LES PLASTIQUES ? WWF & Newcastle University (Australia). https://www.wwf.fr/sites/default/files/doc-2019-07/20190718_De_la_nature_aux_humains_jusquou_iront_les_plastiques-min.pdf

Lebreton, L., & Andrady, A. (2019). Future scenarios of global plastic waste generation and disposal. Palgrave Communications, 5(1), 1‑11. https://doi.org/10.1057/s41599-018-0212-7

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