Boeuf bourguignon façon pollution !


Consommation / dimanche, décembre 20th, 2020

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Ahhh la bidoche, que c’est bon ! On en raffole, on en met partout, on adore ça mais on ignore tout de son impact sur l’environnement. C’est devenu un sujet de débat, « La viande à la cantine, c’est fini ! » « Les vegan et leurs carences à gogo, j’en ai ma claque ! », on en parle partout et tout le temps, mais que sait-on vraiment dessus ?

Bon alors, comme vous l’avez surement deviné dans cet article sur la viande, nous aborderons principalement le côté “écologie” du sujet, même un si un léger point santé s’impose.

« Mais qu’est ce que l’environnement vient faire ici ? En quoi viande rime avec pollution ?»

Tout d’abord, une chose évidente, la viande vient d’animaux vivants. Elémentaire mon cher Watson vous me direz, mais ne vous inquiétez pas c’est juste pour bien comprendre la suite. 

Bon, revenons à nos moutons. Du fait qu’ils soient vivants, les animaux ont besoin d’être nourris et abreuvés, et tout ça… Ça pollue. Cette nourriture, est, elle, alors produite dans nos champs, arrosés en grande partie par nos systèmes d’irrigations. Ainsi, les bœufs ont besoin de plus de 21 kilogrammes de céréales pour fabriquer un kilogramme de viande (Cassidy et al., 2013)[1] contre un peu plus de 5 kilogrammes pour la volaille. Ce chiffre paraît colossal mais est tout fait logique et vous pouvez le vérifier sur vous. Par exemple, lorsque vous mangez un kilo de chocolat, vous ne prenez pas un kilo tout rond… Et heureusement d’ailleurs.

« Tu me racontes des bêtises là ! Tu les sors d’où tes chiffres ? »

Remarque tout à fait pertinente, d’où je tiens ces données ? Eh bien ces chiffres proviennent d’études scientifiques que vous pourrez trouver à la fin de l’article. D’ailleurs pour vous faciliter la tâche je vous ai mis des petites indications entre parenthèses pour que vous vous y retrouviez plus facilement.

Reprenons. En de manger, les animaux s’abreuvent. Il est ainsi important de noter que chaque kilogramme de bœuf produit requiert entre 4000 et 22 000 litres d’eau (Gerbens-Leenes, Mekonnen et Hoekstra, 2019)[2] selon le pays et le mode de production, le tout en comptant l’irrigation des récoltes. Ainsi, en moyenne 22% de l’eau potable sur terre (Mekonnen et Hoekstra, 2013)[3] est destinée à l’élevage tandis que plus d’un milliard de personnes n’ont toujours pas accès à l’eau potable (Gleick, Institute et Ajami, 2012)[4].

« Très bien, j’ai compris mais la plupart de cette eau vient de la pluie, pourquoi est ce embêtant ?»

Oui… Mais. Cette eau si elle n’avait pas été consommée se serait retrouvée dans les nappes phréatiques et représente donc bel et un bien un coût pour l’environnement. On aurait pu en faire autre chose, mais on a choisi de l’utiliser pour nos élevages.
En résumé l’élevage et la production de viande, et surtout de viande rouge (bœuf, agneau…) est énergivore et nécessite d’énormes quantités de céréales et d’eau, c’est une sorte de gigantesque aspirateur à ressource.

« Super ça utilise des ressources, et alors ? »

Et alors ? Oui, qu’est-ce que cela peut bien faire d’utiliser des ressources ? Et bien l’utilisation de ces ressources est génératrice d’émissions de CO2, de méthane et de gaz à effet de serre en général. Le souci réside surtout dans le fait que ces émissions de CO2 sont colossales et ont un impact non négligeable sur le réchauffement climatique. L’unique industrie de la viande représente près de 15% des émissions totales de dioxyde de carbone et gaz à effet de serre dans le monde (Poore et Nemecek, 2018)[5], soit plus que toutes les émissions du secteur des transports (autour de 14,5%) avion, bateau compris.

Si l’industrie de la viande a tant d’effet que ça sur l’environnement, c’est principalement à cause de deux choses :

  • La première vient de l’augmentation de la consommation de produits issus de l’élevage ces dernières décennies. Demandez à vos grands parents combien de fois par semaine mangeaient-t-ils de la viande, vous serez surpris.
  • La seconde raison concerne l’émission de CO2 liée à l’élevage. Ainsi comme l’illustre le tableau ci-dessous, un kilogramme de bœuf rejette en moyenne 221,6 kilogrammes de CO2 dans l’atmosphère. Contre 4,6 kilogrammes pour le blé ou encore 0,6 kilogramme pour des lentilles, sacrée différence non ?

 

 (Cassidy et al., 2013)[6]

La recherche avance mais…

Ainsi de nombreux scientifiques se sont penchés sur la question et se sont demandés comment réduire nos émissions de CO2 et notre pollution atmosphérique. Plusieurs propositions ont alors émergé, en allant de l’amélioration des techniques industrielles, à la production de viande en laboratoire. Et parmi toutes ces propositions, la plus viable, la plus efficace et la plus faisable semble pour le moment l’idée d’une équipe de chercheurs européens.

Ces derniers ont modélisé un scénario dans lequel la population européenne réduisait sa consommation carnée de 25 à 50% (Westhoek et al., 2014[7]). Le résultat de leur recherche montre qu’un tel changement réduirait, dans le secteur agricole, les émissions d’azote de 40% (responsable des crises d’algue vertes en Bretagne notamment) celles de gaz à effet de serre par 25 à 40% ainsi qu’une réduction de 23% des surfaces agricoles utilisées. Soit l’équivalent pour la France d’un territoire aussi grand que la région Auvergnes-Rhône-Alpes, énorme non ?

« Alors parfait on réduit nos gaz à effet de serre, faisons de l’écologie, mais comment ça se passe exactement? »

Alors évidemment il ne s’agit pas que tout le monde arrête la viande et devienne flexitarien, végétarien ou même vegan, loin de là (même si dame nature irait sûrement mieux).  Cependant certaines choses sont possibles et faciles à faire sans trop brusquer notre style de vie.

  • En effet, le simple fait de remplacer certains de nos délicieux repas carnés par d’excellents repas sans viande aurait un impact vraiment positif et non négligeable sur nos émissions de gaz à effet de serre (Vous trouverez ici une liste d’excellente recette qui vous aideront à trouver des idées de repas sans viande).
  • En plus de remplacer quelques-uns de nos repas viandards. Il est aussi possible, lorsque l’on choisit d’opter pour de la viande, de remplacer la viande rouge par du poulet ou bien du porc. En échangeant vos pièces de bœufs par du porc vous réduisez votre empreinte carbone de 83,6%. L’élevage des porcs et volailles nécessitant (beaucoup) moins de ressources, cela réduit donc leurs impacts sur l’environnement.
  • Enfin, et cela va vous sembler évident mais ne gaspillez pas, jamais ! Près d’un tiers de la production mondiale est détruite sans être consommée (Blakeney, 2019)[8], c’est gigantesque. Alors si un jour malgré votre conscience écologiste vous décidez d’acheter une bonne vieille entrecôte, mangez-là. Soyez écolo !

Chaque effort que vous ferez aidera à combattre le changement climatique que nous connaissons, soyez fiers de vous !

Bon et maintenant le point santé !

En France l’immense majorité des personnes considère qu’un plat sans viande n’est pas un repas équilibré. Je le conçois, j’étais comme vous avant (avant que l’écologie me tombe sur la tête comme diraient les gaulois). Mais dans ce cas je vous conseillerais d’aller jeter un coup d’œil à ce qui peut se dire dans les institutions internationales sanitaires. Selon les dernières études scientifiques et le Fond mondial de recherche contre le cancer il est fortement conseiller d’éviter de consommer plus de 500g de viande par semaine, soit 3 portions par semaine (Wolk, 2016)[9].

Saucissons, Bolognaise & Cancers

De plus, l’OMS vient de reclasser la viande transformée (saucissons, bolognaises, saucisses….) dans la même catégorie de produits que la cigarette, l’alcool, ou encore le plutonium lorsque l’on regarde d’un point de vue cancérigène. Cela fait froid dans le dos unh ? Et bien ce n’est pas fini. En mangeant régulièrement de la viande rouge ou transformée vous augmentez votre de risque de mourir par 29% (Donc si vous aviez 3% de chance de mourir cette année, ces risques passeraient à 4%). Et enfin près de 3% de tous les cancers au Royaume Uni seraient dus à nos chères saucisses, bolognaise ou encore aux bons vieux steaks hachés industriels que l’on mange sans se poser de questions (Dunlop, 2019)[10].

Voilà, alors maintenant vous savez tout, pourquoi la viande pollue, pourquoi on parle de ça en écologie, et vous savez même quoi faire pour devenir écolo ! Cependant si vous voulez toujours aller au McDo parce que vous adorez ça, malgré la viande industrielle, profitez-en ! Et surtout ne gâchez pas. Enfin n’hésitez pas à enrichir l’article en y ajoutant des informations dans les commentaires et pour ceux que ça intéresse, j’ai basé une bonne partie de mon travail sur cette vidéo :

Je vous encourage à aller la voir, c’est en anglais mais il y a des sous titres en français ne vous inquiétez pas.

Et comme promis voici les sources:

[1] Cassidy, E., West, P., Gerber, J. and Foley, J. (2013). Redefining agricultural yields: from tonnes to people nourished per hectare. IOP Publishing Ltd. Available at: https://iopscience.iop.org/article/10.1088/1748-9326/8/3/034015 [Accessed 25 Oct. 2019]
[2] Gerbens-Leenes, P., Mekonnen, M. and Hoekstra, A. (2019). The water footprint of poultry, pork and beef: A comparative study in different countries and production systems. Water resource and industry. [online]Available at: https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S2212371713000024 [Accessed 25 Oct. 2019].
[3]Mekonnen, M. and Hoekstra, A. (2013). The water footprint of humanity. [online] Available at: https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/22331890 [Accessed 25 Oct. 2019].4 Poore, J. and
[4] Gleick, P., Institute, P. and Ajami, N. (2012). The World’s Water Volume 7: The Biennial Report on Freshwater Resources.
[5] Nemecek, T. (2018). Reducing food’s environmental impacts through producers and consumers. Science, [online] 360(6392), pp.987-992. Available at: https://science.sciencemag.org/content/360/6392/987.
[6] Cassidy, E., West, P., Gerber, J. and Foley, J. (2013). Redefining agricultural yields: from tonnes to people nourished per hectare. IOP Publishing Ltd. Available at: https://iopscience.iop.org/article/10.1088/1748-9326/8/3/034015 [Accessed 25 Oct. 2019]
[7] Westhoek, H., Lesschen, J., Rood, T., Wagner, S., De Marco, A., Murphy-Bokern, D., Leip, A., van Grinsven, H., Sutton, M. and Oenema, O. (2014). Food choices, health and environment: Effects of cutting Europe’s meat and dairy intake. Global Environmental Change, 26, pp.196-205. [Accessed 25 Oct. 2019]
[8] Blakeney, M. (2019). Food loss and food waste. Cheltenham: Edward Elgar publishing Limited.
[9] Wolk, A. (2016). Potential health hazards of eating red meat. Journal of Internal Medicine, 281(2), pp.106-122.
[10] Dunlop, C. (2019). Processed meat and cancer – what you need to know. [online] Cancer Research UK – Science blog. Available at: https://scienceblog.cancerresearchuk.org/2015/10/26/processed-meat-and-cancer-what-you-need-to-know/ [Accessed 26 Oct. 2019].

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